Duel au sommet entre deux hommes que tout sépare. Les Italiens vont devoir choisir aux élections des 13 et 14 avril entre deux personnalités aux parcours contradictoires : un homme d’affaires richissime, Silvio Berlusconi, et un professionnel de la politique, Walter Veltroni. Pour la dernière ligne droite, le «Cavaliere» et son rival l’ancien maire communiste de Rome n’ont pas caché leur admiration pour le modèle américain. Si le magnat des finances réitère sa fascination pour l’actuel président Bush, l’intellectuel de gauche, lui, dit admirer le candidat démocrate Barack Obama. Le leader de la droite italienne Silvio Berlusconi a appelé jeudi soir ses électeurs à «convertir» les indécis ou les abstentionnistes en accomplissant «une œuvre de missionnaire» pour les législatives, lors de son dernier meeting électoral au Colisée de Rome. Silvio Berlusconi, donné gagnant selon les derniers sondages parus mais qui pourrait avoir du mal à obtenir une majorité confortable, a insisté sur «l’importance» de faire barrage à la «dispersion» des votes pour les petits partis de droite, notamment l’UDC (centre droit) et La Destra (extrême droite) qui ne font pas partie de sa coalition. Il a consacré une grande partie de ses trente-cinq minutes de discours à attaquer son adversaire Walter Veltroni, leader du Parti démocrate (PD), qu’il a qualifié de «menteur professionnel». «Le PD n’est que l’ultime transformation, l’ultime mimétisme de l’ex-Parti communiste italien. Mais les hommes sont toujours les mêmes, c’est la même vieille nomenclature communiste, la même idéologie. La vérité pour la gauche n’existe pas», a martelé Silvio Berlusconi. «Femmes, nous vous aimons !», a lancé Silvio Berlusconi en fin de meeting, avant de faire monter sur l’estrade «une femme extraordinaire», son alliée Alessandra Mussolini, petite-fille du Duce et secrétaire générale du mouvement d’extrême droite Action nationale.
C’est la première fois que le «Cavaliere» affrontera, à 71 ans, un homme nettement plus jeune que lui, puisque l’ex-maire de Rome est âgé de 52 ans. Une génération de différence pour des parcours totalement opposés. Vieux routier de la politique, Walter Veltroni s’est engagé dès les années 1970 dans les jeunesses communistes et a accompagné toutes les mues de la gauche italienne, jusqu’à la création du Parti démocrate à l’automne, dont il a pris la tête. Très discret sur sa vie privée avec son épouse et ses deux filles, «l’intellectuel de gauche» qu’est Walter Veltroni pourrait presque passer pour ennuyeux, avec son physique plutôt austère. Si les deux hommes admirent tous deux l’Amérique, c’est celle de George W. Bush qui a les faveurs de Silvio Berlusconi. Veltroni, quant à lui, n’a jamais caché son admiration pour les frères Kennedy, ce qui lui a d’ailleurs valu le surnom cruel de «veuve Kennedy». Pour sa campagne, il n’a pas hésité à adopter le slogan «On peut y arriver», inspiré du «Yes, we can» du démocrate Barack Obama.
Malgré tout ce qui les oppose, les deux leaders affichent cependant une volonté, nouvelle en Italie, de décrisper les relations gauche-droite, au point qu’on prête à Berlusconi le dessein d’une «ouverture à la Sarkozy» en cas de victoire de la droite aux élections.