L’utilisation d’Internet est encore loin de susciter au sein de nos institutions économiques, administratives et financières un intérêt à la mesure des potentialités qu’elle présente. Les sites web institutionnels opérationnels ne sont pas tous gérés de façon active, et l’actualisation de la plupart d’entre eux reste toujours décalée tandis que leur contenu demeure qualitativement en deçà de ce que l’on devrait légitimement en escompter par rapport au domaine d’activité considéré.
L’informatique connectée ne semble pas faire partie des préoccupations centrales des opérateurs économiques et financiers nationaux dont les systèmes d’information, bien que formellement positionnés sur la voie de la modernisation, font carrément l’impasse sur les perspectives d’exploitation et de rentabilisation d’Internet.
Ainsi et du fait que leurs systèmes d’information ne sont toujours pas connectés à Internet ou restent non opérationnels dans ce sens, la plupart des banques algériennes continuent de recourir, pour leur communication écrite avec les banques étrangères, au fax, au message swift ou au courrier postal ordinaire, alors que ces dernières disposent toutes de boîtes e-mail. Cet exemple est significatif du retard considérable que notre pays enregistre en la matière, en dépit des ambitions affichées par les autorités pour le développement des NTIC dans le secteur économique.
Il faut tout de même souligner, à la décharge des pouvoirs publics, que les pesanteurs qui affectent ce créneau ne leur incombent pas exclusivement ; on ne voit pas, en effet, ce qui empêche les banques algériennes d’autoriser leurs services à ouvrir des boîtes électroniques à usage professionnel pour leur permettre de s’en servir comme d’un outil de travail.
Le même questionnement vaut d’ailleurs pour les entreprises économiques et les organismes administratifs, tous régimes juridiques confondus.
Il est paradoxal au surplus que le discours des acteurs économiques, bien que résolument en phase avec les exigences de la mondialisation, en particulier celles relatives aux nouvelles technologies, ne se traduise pas par des mesures pratiques tangibles et cohérentes.
Il en ressort que la globalisation, élément pourtant déterminant dans les évolutions économiques et financières internationales, n’est toujours pas stratégiquement intégrée dans les business plan
des opérateurs nationaux entretenant des relations d’affaires avec l’étranger, ce qui implique évidemment, outre les banques, toutes les entreprises publiques et privées importatrices de biens et services.
Les aces directeurs d’une politique de l’intelligence économique, définis au début de 2007 par le gouvernement, attendent donc d’être concrétisés d’abord sur le terrain de l’Internet, d’autant qu’on ne voit pas autrement comment tirer avantage de l’extraordinaire base de données disponible sur la toile et en assurer un traitement sélectif, utile et performant.
Ainsi, nos institutions s’excluent, pour l’heure, de la profitabilité d’Internet, ce qui limite considérablement leur compétitivité, tout en les maintenant dans des processus de mise à niveau sans cesse recommencés, parce que précisément occultant systématiquement cette réalité.
Une certaine vision du temps La marginalisation des multiples fonctionnalités d’Internet dans notre sphère économique renvoie à notre vision du temps, donc à sa «gestion» au double niveau interne et externe. Le concept de temps réel souvent évoqué au regard de la disponibilité, de l’immédiateté et de la prise en charge de l’information via Internet est encore loin d’inspirer nos pratiques de gestion, ce qui fait de nos acteurs économiques des observateurs passifs des transformations du monde.
Ces mutations sont fulgurantes, notamment dans les services financiers, du fait du recours massif, diversifié, décloisonné et créatif à Internet.
Dans son essai de prospective Une brève histoire de l’avenir, Jacques Attali indique que l’activité sur Internet en 2006 dépasse les 4 000 milliards de dollars dans le monde, soit 10 % du PIB mondial. Par ailleurs, grâce à Internet, les transactions financières internationales représentent 80 fois le volume du commerce mondial contre 3,5 fois en 1997, ce qui signifie que le volume du commerce mondial annuel ne représente plus que 4,3 jours de transactions sur le marché des devises, des titres et des options diverses.
Les données statistiques confirmant l’impact et le pouvoir d’influence de plus en plus grandissant d’Internet sur les relations économiques internationales devraient inciter les institutions concernées à repenser totalement la réactivité de leurs structures à cette nouvelle donne pour en gérer correctement les répercussions. L’autre question de fond qui mérite d’être soulevée dans ce sillage est liée à la nouvelle perception de la fonction de l’écrit que le recours à Internet impose dans ses finalités analytiques.
Intervenir dans ce cadre, c’est s’inscrire dans une dynamique rénovée de l’écrit pour formaliser sur un réseau mondial, observations, commentaires et analyses, en se souciant de les structurer et de les argumenter pour les rendre lisibles et convaincants.
Il y a là une vraie problématique qui met en évidence l’importance de l’écrit non plus seulement comme véhicule linguistique classique mais comme méthode et support de matérialisation de concepts et d’idées à travers un média offensif et en veille permanente.
La rentabilisation en Algérie des multiples applicatifs d’Internet dans l’économie, la finance et le commerce extérieur est également tributaire du niveau de réévaluation aussi bien par les décideurs que par les cadres gestionnaires, de la place et du rôle des NTIC dans leurs secteurs respectifs, avec tout ce qu’un tel processus requiert comme efforts à engager en matière de formation et de gestion du changement.
En définitive, le parachèvement des programmes de modernisation informatique, en particulier au sein des banques publiques et des entreprises économiques, passe par une approche pragmatique des modes de traitement de l’information via les possibilités et les atouts d’Internet.